Reportage sur le Catenacciu

Je me souviens de la première fois que j’ai assisté à un “Catenacciu”. Comme pour beaucoup de manifestations religieuses, mon oeil d’enfant n’y voyait à l’origine qu’un prétexte à participer aux festivités des adultes. Les célébrations qui ont ponctué ma jeunesse ne me renvoyaient alors que des images folkloriques et joyeuses… Malgré le fait que ma famille ne soit pas pratiquante, vivre en Corse nous a baigné dans un environnement culturel de tradition catholique dont le calendrier en fut ponctué. La plupart des fêtes de villages auxquelles j’ai assisté étant enfant coïncidaient avec celle de la vierge Marie, sainte patronne de la Corse. Ce fut pour moi des moments spectaculaires où la foule suivait la procession, lanternes à la main, portant la statue d’un saint d’un village à l’autre. Ensuite, les parents laissaient les enfants libres, courir dans les ruelles de pierre étroites,  se cacher derrière les bassins du lavoir ou encore danser au milieu de la place sur les tubes des années 90, sous les étoiles. 

C’est donc sans hésiter que j’accompagnais ma mère au ” Catenacciu” de Bisinchi, celle-ci ayant su faire usage de l’argument de conviction ultime  : il y allait avoir de la nourriture, beaucoup de nourriture et nous allions aider notre cousine à faire les traditionnels beignets aux herbes “e fritelle”.


Le ” Catenacciu” ou chemin de croix est une procession qui reconstitue le chemin effectué par le Christ avant sa crucifixion. C’est une des plus vieilles traditions Corse. 

Je ne m’attendais alors pas à assister à une telle cérémonie. Le village, plongé dans l’obscurité était noir de monde, la foule suivant le chemin des hommes cagoulés, torches à la main en tête de procession, dans les rues sinueuses du village, entonnant des chants traditionnels religieux.


Du haut de mes 11 ans, j’étais à la fois subjuguée par le spectacle et terrorisée. Je me suis enfuie en courant chez ma tante, dans l’obscurité, manquant de me briser une cheville sur les marches de Pierre. J’ai passé le reste de la soirée à faire frire les beignets aux herbes avec les femmes du village, qui attendaient le retour des hommes pour rompre le jeûne.

20 ans plus tard, j’ai eu le plaisir d’y retourner, et d’avoir accès aux préparatifs et aux coulisses de cette manifestation unique. 


Catenacciu de Bisinchi, Vendredi saint. Avril 2018

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